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PENSÉE FRANÇAISE

Quand, aux environs de 1910, à la suite de plusieurs années d’agitation impérialiste, se posa, sous forme de projet, la question de la création d’une marine de guerre par le Canada, M. Laurier voulut une fois de plus concilier toutes les opinions par l’équivoque en mettant sous l’autorité du gouvernement anglais, par une clause, les vaisseaux que par une autre clause il semblait conserver sous l’autorité canadienne. Mais l’équivoque avait trop duré : cette fois, les deux groupes à chacun desquels il avait si habilement feint de donner des arrhes se tournèrent contre lui, et il fut défait.

La coalition tory-nationaliste Borden-Monk (ou plutôt Borden-Bourassa, car, dans le Québec, son véritable chef fut M. Bourassa, et non M. Monk) ayant tourné tout de suite au profit du parti tory, et celui-ci accentuant, au mépris de ses engagements formels ou tacites la politique timidement impérialiste de ses prédécesseurs, le Canada français devait revenir bientôt à M. Laurier. Mais ce retour, M. Laurier lui-même ne fit jamais rien pour le justifier ; bien au contraire, il crut jusqu’à la fin à la vertu de l’équivoque. On sait avec quelle répugnance l’opinion canadienne-française, abusée en 1899, souscrivit à l’entrée du Canada dans la guerre de 1914 : notre peuple, malgré les multiples circonstances qui avaient concouru à affaiblir en lui l’esprit militaire, acceptait bien de faire pour la cause de la civilisation les plus grands sacrifices ; mais il savait que ces sacrifices qu’on lui demandait au nom de la civilisation, voire au nom de la France, on en profiterait, comme on avait fait après la guerre sud-africaine, pour le lier à un impérialisme politique et militaire conçu dans l’intérêt, d’ailleurs légitime en soi, des industriels anglais. Et l’on sait aussi avec quelle énergie, après avoir, à l’appel de M. Laurier surtout, souscrit par la parole et par le sang à la participation volontaire, cette même opinion se prononça à la quasi-unanimité avec M. Laurier contre le projet