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PENSÉE FRANÇAISE

rants et sots, mais dépositaires d’une méthode, gardiens et prêtres d’une méthode, — l’analyse logique et la grammaticale (et tous les trucs que cela implique), — sauront (ces gens) y lire ce que l’auteur y a voulu dire mais n’y a pas dit, n’a pas su y dire, y a dit si mal que ceux qu’il aime (tout en les trouvant haïssables), ni ceux qu’il n’aime pas du tout, n’y ont probablement rien compris.


J’AVAIS pensé à développer devant vous l’article que je publiais en mai dernier dans France-Amérique sur les moyens à prendre pour former une élite canadienne-française, et qui n’était lui-même que le résumé d’une causerie faite quelque temps auparavant à Paris devant le Comité du même nom. Dans les milieux français, l’on ne croit pas nous faire injure ni dommage en prenant pour acquis qu’un pays comme la Nouvelle-France ne saurait trouver chez lui tous les éléments de la haute culture française ; et bien au contraire, on ne conçoit pas qu’un Canadien qui se pique de culture française puisse ne pas partager cette manière de voir. L’opinion que l’on s’est faite en France de nos besoins intellectuels, on y est peut-être arrivé en écoutant nos orateurs, en lisant nos livres, qui sait ? peut-être même en lisant nos journaux ; mais on y serait tout aussi sûrement arrivé par le raisonnement abstrait, comme il suffisait à Christophe Colomb de peser dans son esprit une moitié du monde pour acquérir la conviction que l’autre moitié restait à découvrir. Que la chaleur est plus grande près du foyer, c’est une vérité qui dans l’ordre physique n’a pas besoin de se démontrer, et qui à toutes les époques de l’histoire a trouvé son application dans l’ordre intellectuel. Le foyer peut quelquefois se déplacer, comme il advint pour la culture grecque et comme il devait plus tard