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DE NOS BESOINS INTELLECTUELS

nos tribunaux — habitués pourtant à ce baragouin — ne peuvent plus interpréter les décrets, les arrêtés et les ordonnances qu’au petit bonheur : voilà, sous quelques-uns de ses principaux aspects, la situation de la langue française au Canada. Et l’état de la langue, n’est-ce pas, en dernière analyse, l’état intellectuel ?

Et l’héroïque Pierre Homier se promène toujours de par la ville l’Almanach de la Langue française à la main !

L’Almanach de la Langue française ! comment pourrions-nous ne pas en dire ici un mot ? Ce périodique s’est fondé surtout pour l’épuration de notre langue commerciale. Il ne vise certainement pas à imiter nos journaux quotidiens, qui tous sans exception, après avoir abandonné jusqu’à 150 et 200 colonnes au fait divers, à l’information télégraphique et à la réclame rédigées comme on l’a vu tantôt, croient faire acte de patriotisme en donnant, dans les deux autres, de sages conseils sur la manière de conserver le français. Eh bien ! en feuilletant la dernière édition de l’Almanach, on y trouve, à côté de 125 pages de texte dont la moitié n’aura sur les destins de la langue aucune influence bonne ou mauvaise, cinquante-six pages de réclame qui pour moitié, rédigée juste un peu mieux que celle des quotidiens, ira, sous la plus fallacieuse des étiquettes, propager le petit-nègre dans les familles. Je m’en tiens à la réclame ; si l’on me taxe d’exagération, nous examinerons le chapitre voisin.

Je sais quels amours-propres j’aurai froissés, quelles précieuses amitiés j’aurais blessées — fatalement peut-être — dans un groupe aux intentions profondément patriotiques, en mettant ainsi les points sur les i, en demandant la confirmation définitive de notre thèse à un ouvrage fondé spécialement pour corriger la langue commerciale.