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DE NOS BESOINS INTELLECTUELS

Canada français y gagnerait à envoyer ses jeunes gens les mieux douées compléter leurs études en France ; ni même cette opinion plus générale, que des rapports intellectuels plus intimes entre les deux Frances auraient d’heureux résultats pour notre race. Puisque, dans ces milieux, on a constamment le mot d’action intellectuelle à la bouche, un oubli n’est pas à présumer : l’action est bel et bien orientée comme on l’a voulu ; on croit véritablement pouvoir créer une culture française de ce côté-ci de l’océan sans même aller voir sur place ce qui se passe en France ni comment les choses s’y passent. Voilà ce que j’appelle du mauvais indigénisme. Voilà, à mon sens, la tendance qu’il faut dénoncer.

Loin de moi de vouloir nier les progrès relatifs que notre culture indigène a faits depuis quelques années. L’enseignement secondaire s’est tonifié. L’enseignement supérieur s’est orné de quelques chaires dignes d’être écoutées. Des historiens ont surgi dont le style évoque le verbe brûlant de Michelet. Des jeunes poètes, de plus en plus nombreux, chantent sur des modes agréablement nouveaux à nos oreilles. De tout cela, nous nous réjouissons profondément. Mais la passion politique égarée, le préjugé religieux né de l’ignorance, nous empêcheront-ils de voir ce que les plus beaux talents de notre race auraient gagné en ampleur, en profondeur, en énergie créatrice, par le contact direct avec les maîtres de la pensée et de la parole française ? Pendant que nos docteurs pérorent devant quelques douzaines d’auditeurs et que nos jeunes aèdes accordent leur lyre dans le cercle étroit des cénacles, cinquante mille petits crevés de dix-huit à trente ans, sortis de tous les coins de la métropole, s’en vont par troupeaux au cinéma leur unique passe-temps, faire admirer leurs têtes de belluaires et de coiffeurs pour dames, leurs belles têtes interchangeables, fabri-