Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
154
PENSÉE FRANÇAISE

députés — hélas ! Il habite Ottawa ? Puisqu’il faut un chef parlementaire à la minorité française d’Ontario, rien de plus logique que de le chercher de ce côté. Il a de gros clients anglais ? Les avocats canadiens-français les plus en vue d’Ottawa ne gagnent pas leur vie autrement. Il habite rue Wilbrod ? Les principaux Canadiens-Français d’Ottawa ont pour la plupart établi domicile dans ce même quartier. Il fait partie du Rideau Club, du Golf Club  ? Comme tout le monde dans la capitale. Pour édifier des conclusions sur d’aussi banales concordances, il faut vraiment aimer le pavé en soi et pour soi. L’abbé Groulx nie avoir jamais visé aucun cas en particulier. Et il nous semblerait injuste de ne pas tenir compte de cette dénégation. Mais si Lantagnac existe vraiment ailleurs que dans les livres, il demandera sans doute au ciel de le délivrer de ses défenseurs. Étrange manière de protéger un homme contre une publicité prétendue blessante, que de s’appliquer à prouver qu’il s’agit de lui et non d’un autre. La leçon qui nous semble ressortir de cet incident, c’est que les critiques de l’abbé Groulx aiment beaucoup moins Lantagnac qu’ils ne haïssent l’abbé Groulx. On s’en doutait. Au reste, nous sommes ici dans un domaine qui ne relève pas du code des lettres : autrement, le Nabab serait à mettre au panier.

La conversion de Lantagnac est invraisemblable ? Voyons un peu… Les renégats de la langue sont généralement de méprisables arrivistes, des faibles d’esprit, des dégénérés, mais ils ne le sont pas tous. En pareille matière, il faut tenir compte de la formation intellectuelle, du milieu, de maints autres facteurs contre lesquels pourra seule réagir une âme naturellement noble secondée par un esprit fortement armé. Tombé à vingt ans dans un milieu d’anglomanie, pris tout entier par la pratique de sa profession, porté, comme tous les praticiens dépourvus de culture générale, à juger les