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PENSÉE FRANÇAISE

peut-être ton cerveau ; au moins, ma petite Maud, dis-moi que tu n’entends pas être une chipie.»

Je crois bien qu’à ce discours Maud irait pleurer sur le sein parcheminé du vieux Davis Fletcher. Mais je suis à peu près sûr qu’elle reviendrait. J’en suis même tout à fait sûr. Je mettrais d’ailleurs ma main au feu qu’en ce moment elle n’attend qu’une bonne rossée de son seigneur et maître — gentleman accompli, mais détestable psychologue — pour réintégrer le domicile conjugal, contrite, repentante et le cœur débordant d’amour.

Les multiples défauts de forme relevés par ces messieurs ne doivent pas davantage être admis sans discussion. Si les discours de Lantagnac et du P. Fabien peuvent paraître longs et ennuyeux aux admirateurs de Daudet, de Flaubert ou d’Anatole France, il convient de se rappeler que l’Appel de la race est avant tout un roman de propagande — de propagande française — et que, sur ce sujet, le P. Fabien comme Lantagnac parle surtout pour les sourds. L’incorrection trop fréquente de la langue — dont j’aurai plus loin l’occasion de vous entretenir — laisse intacte la beauté d’un grand nombre de pages, pleinement satisfaisantes pour le cœur et l’esprit, dignes de figurer dans une anthologie de la prose française. Le mélange des genres — fiction et histoire — est un procédé dont maint romancier contemporain, dans toutes les littératures, s’est servi avec bonheur pour corser qui son intrigue, qui son récit, qui les deux à la fois ; M. André Thérive en a tiré un merveilleux parti dans le Voyage de M. Renan. La faute de l’abbé Groulx n’est pas d’avoir confondu les genres, mais de l’avoir fait de façon inhabile et maladroite. La lutte pour l’esprit et en quelque sorte l’âme des enfants — car Maud Fletcher est manifestement restée protestante, et c’est beaucoup plus que la formation intellectuelle qui est en jeu — portait en