Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/165

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À PROPOS DE L’AFFAIRE LINDBERGH




NOUS ne savons trop si les Lindbergh ont vraiment l’intention d’aller habiter la France, mais cela serait, qu’on les comprendrait facilement. À chaque chapitre du drame eschyléen dont ils viennent d’être les victimes, la civilisation américaine s’est montrée sordide. La presse, ne voyant dans le rapt de leur enfant qu’une occasion d’augmenter son tirage, a renseigné jour par jour, heure par heure, les auteurs du rapt sur les mouvements et les intentions de la police. La radio, pour des motifs analogues, a fait de même. Au sein de la police on s’est battu à qui accaparerait la gloire d’appréhender les criminels, et dans cette lutte répugnante dont le gros Hoover, hébété ou impuissant, suivait de Washington les péripéties, la bêtise l’a encore emporté sur l’inconscience. Des professeurs d’université, des « pasteurs », des officiers supérieurs de la marine, se sont entremis pour faire tenir aux ravisseurs la rançon que ceux-ci exigeaient, et il est même arrivé cette chose épouvantable que, pendant que la pauvre petite victime, meurtrie, pourrissait dans la forêt à quelques milles de la maison de ses parents, un brave homme d’universitaire a personnellement remis à l’un des scélérats, de la main à la main, dans l’obscurité, par-dessus le mur d’un cimetière, une