Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/169

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CE QUE LES YANKEES PENSENT…

jeunesse, dans le Faubourg Québec de Montréal où à Saint-Sauveur de Québec, vous croyez qu’il vous suffira de passer la frontière pour avoir part à la distribution des milliards de papier-monnaie du magicien Roosevelt ? Ô candeur ! ô naïveté ! Allez prendre une terre en pleine forêt à 150 milles de la rivière Solitaire, engagez-vous pour une expédition au pôle nord, faites-vous gardien de rennes dans le delta du Mackenzie, chasseur de phoques sur la côte du Labrador, nourrissez-vous de glands dans un « chanquier » de la Côte-Nord où vous gagneriez 13 sous par jour et la gale par-dessus le marché, ou, ce qui vaut mieux encore, prenez du service comme garçon de ferme à un sou par jour dans la vallée du Saint-Laurent ; mais au moins restez parmi des hommes et bêtes de bon sens et détournez-vous avec sage frayeur d’un pays que le vote des vieilles femmes a changé en maison de fous, et où la loi, faite par les voleurs, condamne d’honnêtes immigrants à la prison. Au Canada, on pend quelquefois un émigré américain parce qu’il a assassiné : à part cela, tout mâcheur de gomme yanki peut séjourner librement dans notre pays, même s’il nous empoisonne de ses vantardises. Aux États-Unis, ceux que l’on condamne à la prison, ce sont les petites gens qui avaient lu dans les gazettes que les U. S. sont un pays de liberté, et qui l’avaient cru.

Un jour que je déjeunais dans les casemates de Verdun avec le major Blondin, un congressman quelconque, ayant remarqué que le commandant de la place n’avait d’oreilles que pour notre compatriote, flanqua à celui-ci une grande tape dans le dos en s’écriant du nez : “Say ! but you must be somebody !” Faut-il qu’ils se croient Somebody pour condamner à deux ans de prison de pauvres diables qui voulurent seulement aller voir sur place s’ils ont vraiment les cornes en or, comme le bétail de feu Plutus !


Le Canada, 23 mai 1933.