Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/182

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
186
PENSÉE FRANÇAISE

un jeune médecin juif nommé Samuel Rabinovitch, qui achevait une année d’internat dans la maison comme étudiant de cinquième-sixième à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, d’où il était sorti premier. Rabinovitch fut engagé aux mêmes conditions que ses confrères canadiens-français et pour la même période : un an ; on a fait circuler sous le manteau qu’il bénéficiait de certaines faveurs : c’était un mensonge.

Rabinovitch n’avait jamais fait le sujet d’aucune plainte, d’aucune note défavorable, de la part des chefs de services ; son engagement ne donna lieu tout d’abord à aucune protestation, ne provoqua aucun signe de mécontentement. Un peu plus tard, l’internat médical présentant encore quelques vacances, on engagea un jeune Franco-Américain de Chicago, qui, pas plus que Rabinovitch lui-même, ne prenait la place d’aucun Canadien-Français.

Les internes-médecins sont censés être engagés par contrat formel ; il arrive cependant que l’administration, se fiant à la parole d’honneur des intéressés, accepte d’eux un engagement verbal. Pour sa part, elle n’a jamais manqué à son contrat, sauf pour des raisons disciplinaires de la plus haute gravité, dont le conseil médical est seul juge. Il n’en a pas toujours été ainsi des internes : tout dernièrement, trois d’entre eux se démettaient à quelques jours d’avis, au grand embarras du service, sous prétexte qu’on leur offrait ailleurs des appointements plus élevés. Ce petit différend pécuniaire excepté, cependant, l’inauguration de la nouvelle année de service, fixée, on l’a vu, au 15 juin, semblait se présenter normalement, lorsque, dans les derniers jours de mai, les internes canadiens-français, subissant apparemment certaines influences extérieures, commencèrent à manifester