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LA GRÈVE DE L’INTERNAT

de l’antipathie au Dr Rabinovitch, engagé au vu et su de tout le personnel médical depuis déjà deux mois et demi. Ils firent des représentations au bureau médical (ne pas confondre avec le conseil), lequel, formé de tous les chefs de services et de leurs assistants, n’avait pourtant aucune autorité en l’espèce. Le 12 juin, les mécontents, n’ayant pas obtenu satisfaction, et pour cause, adressaient au conseil médical une lettre où ils le sommaient de congédier Rabinovitch immédiatement à cause de sa nationalité (ils n’alléguaient en effet que ce motif), sinon, dans la nuit du 14 au 15 juin, ils se mettraient en grève. Le conseil de la Faculté de médecine, saisi du cas des internes-étudiants en une séance à laquelle assistait le recteur Mgr Piette, les mit en garde contre leur menace, et même leur fit entrevoir des sanctions s’ils la mettaient à exécution ; cette délibération fut prise à l’unanimité. Dans la nuit du 14 au 15, se refusant à tout traitement d’urgence, les internes, médecins et étudiants, se mirent effectivement en grève. On sait quelle extension la grève a prise ensuite ; lundi elle embrassait les internats de l’Hôtel-Dieu, de la Miséricorde, de Sainte-Justine, de Saint-Jean-de-Dieu.

Mardi dernier, en réponse à une invitation que nous avions faite au docteur Bélisle, de Notre-Dame, trois délégués des grévistes, le docteur Bélisle lui-même et ses confrères les docteurs Dumas et Cartier, représentant, croyons-nous, trois hôpitaux différents (mais ce détail n’a pas d’importance), venaient, au nom de l’internat tout entier, nous exposer leur cause. Ces messieurs ne voulaient pas admettre que la haine des Juifs leur eût dicté leur décision : ils affirmaient avoir seulement voulu défendre les médecins canadiens-français contre une concurrence éventuelle qui, paraît-