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PENSÉE FRANÇAISE

les de nos deux pays. Comme exemple de ce que peut, pour le rapprochement intellectuel des deux peuples, un seul journaliste ou publiciste décidé à servir cette cause et compétent à la servir, rappelons seulement le cas d’Edmond de Nevers. Cet élève du collège de Nicolet, entré aux environs de 1890, à la suite d’un voyage de quatre années à travers l’Europe, comme traducteur à l’Agence Havas où il lui fallut pendant plusieurs mois, selon son expression, « potasser » le français, écrivait vers 1895 un livre aujourd’hui très rare, l’Avenir du peuple canadien-français, où il faisait part à ses compatriotes de ce qu’il avait vu en France : le peuple élevé à un niveau supérieur de civilisation par l’enseignement des beaux-arts, l’établissement de musées, etc. Quelques années plus tard la province de Québec, sur l’initiative d’un jeune ministre plus cultivé que la moyenne, M. Athanase David, fondait sa première École des Beaux-Arts. À condition d’avoir assez de personnalité pour résister à la dénationalisation tout en se cultivant, les journalistes canadiens les mieux doués retireraient personnellement un profit énorme de quelques années de service, mettons d’apprentissage, dans la presse française. Bien entendu, le journaliste français qui voudrait venir étudier le Canada sur place tout en y gagnant sa vie devrait faire lui aussi l’effort d’adaptation nécessaire, mais sans renoncer en rien à sa personnalité. Il est tel quotidien de Montréal qui n’aura eu pendant vingt-cinq ans que des Français comme rédacteurs en chef. Tel autre — la Presse, aujourd’hui le plus répandu de nos quotidiens — a eu pour rédacteur en chef M. Blumhardt, un Français, ensuite M. Helbronner, un autre Français. À l’Ordre (celui de Montréal), la rubrique de la politique étrangère est tenue par un Français, M. Bowman, qui, soit dit en passant, ne se laisse pas bourrer le crâne ni par les agences de presse anglo-saxonnes ni par les tenants attardés du briandisme. La plupart de nos journaux