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PENSÉE FRANÇAISE

mentanément les étincelants adjectifs dont les reporters amis les accablent sans mesure pendant des semaines.

Parlerai-je des enquêtes des coroners, où l’on tient le public, et par conséquent les coupables non encore connus, au courant de tous les faits, de tous les progrès ainsi que de toutes les erreurs de l’autorité ?

N’y a-t-il pas, dans les comptes rendus circonstanciés de ces enquêtes, détaillées à l’excès avec la complaisance des coroners, le risque grave de fournir d’utiles indications aux coupables, qui peuvent ainsi échapper à la justice ou la lancer sur une fausse piste qui la mettra en échec ou lui fera capturer un innocent ?

Parlerai-je aussi du rôle de la Couronne, qui, dans bien des causes, notamment dans une cause récente, s’est oubliée au point de mettre des entraves à la défense, voyant avec émoi un acquittement probable. Au lieu de s’attacher à la seule recherche de la vérité, trop souvent la Couronne s’attache à tendre des traquenards pour surprendre la défense et assurer le triomphe quand même de l’accusation, comme si son rôle, son devoir, consistait uniquement à fournir les bagnes et le bourreau. Assistez quelquefois aux audiences de la Cour d’Assises, Monsieur le Procureur général, et vous constaterez, peut-être avec étonnement, que c’est moins le sort de l’accusé qui est en jeu que l’amour-propre de vos substituts. Lorsque l’accusé est acquitté, les amis de l’avocat de la Couronne vont lui serrer la main et lui porter quelques paroles de consolation, comme s’il venait d’éprouver un irréparable malheur. Et l’infortuné, ému, les remercie en s’excusant :

— Que voulez-vous, dit-il avec résignation, j’ai fait tout ce que j’ai pu. Mais que peut-on obtenir