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PENSÉE FRANÇAISE

Mais il représente aussi, en Amérique, le rêve généreux, l’illusion sincère, de milliers de braves gens qui sentent glisser l’humanité dans les bras d’un autre Moloch, et qui, abandonnés à leurs seules lumières par des classes supérieures ignorantes et jouisseuses, croient pouvoir la sauver par l’application d’un nouveau principe politique. Et s’il nous fallait choisir entre ce rêve et cette illusion et l’égoïsme crapuleux de journaux qui osent affirmer le bonheur parfait de l’ouvrier canadien en face du trust de l’électricité qui le prive de l’éclairage le plus hygiénique et le plus parfait, du trust des viandes qui lui fait payer au poids de l’or l’article principal de son alimentation, du trust judiciaire qui lui prend un mois de son gagne pour une affaire de cinquante sous, — s’il nous fallait choisir entre ces deux états d’esprit, peut-être, Dieu nous en permette l’aveu ! serions-nous tenté de pardonner aux socialistes de n’avoir pas dessiné sur le champ clair de leur drapeau le groin d’un Morgan ou la panse d’un Rockefeller.


Le Nationaliste, 20 mai 1906.