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PENSÉE FRANÇAISE

feux traditionnels de la Saint-Jean ? Ce qu’avec une multitude de mes compatriotes je voulais condamner, c’était d’abord la coutume, dans une grande ville comme Montréal, de dépenser tout notre argent en réjouissances, sans en rien réserver pour les œuvres ; et aux défenseurs irréfléchis de cette tradition, il me suffira de rappeler que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui, avec ses sections, dépensa vingt-cinq à cinquante mille piastres en parades et en pétarades l’année qu’elle posa la pierre angulaire du monument Lafontaine, n’a pas encore recueilli ni souscrit un sou pour ce monument. Mais ce que je visais non moins, c’était l’ineptie de la plupart de nos cortèges historiques. Pour qu’un cortège historique ne prête pas à rire, non seulement il doit être conçu avec magnificence — et alors il coûte cher, et alors il détourne de fins plus utiles un argent précieux, — mais aussi avec goût. Exception faite des grands « pageants » du troisième centenaire de Québec, quel a été chez nous, depuis vingt-cinq ans, le spectacle de ce genre qui ne fût plus ou moins risible aux yeux des hommes d’esprit ? Quant à leurs bons effets sur le patriotisme, sinon sur le goût populaire, c’est de l’inconscience pure et simple que d’en parler. La société ou le gouvernement qui, avec un prix de $5,000, provoquerait la rédaction d’une petite histoire héroïque du Canada français à l’usage des enfants des écoles primaires, illustrée à la manière des contes de la Maison Mame, aurait fait quelque chose pour la race ; en faisant une fois par année admirer à la plèbe, au prix de plusieurs fois cette somme, le trappeur qui, trahi par ses étriers, s’entaille le bas du dos sur son couteau de chasse, l’Indien qui éperonne son cheval avec son tomahawk (à propos, combien y avait-il de cavaliers parmi les guerriers sauvages du Canada ?), le Montcalm qui porte l’épée à droite, et ainsi de suite, non seulement on contribue à développer ce goût barbare qui se manifeste