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NOTRE DEVOIR LE PLUS URGENT…

de nos écoles primaires. Or, ne craignons pas de le demander à quiconque ne s’est pas crétinisé en passant par là, l’Université Laval comme université, c’est-à-dire comme préparation à l’intelligence de toute chose, cela existe-t-il ? Quel est l’enseignement qui se donne là et qu’un bon homme d’affaires comme M. Leblond de Brumath ou M. de Kerméno ne pût faire donner tout aussi bien par des « nègres » à quarante sous de l’heure ? Quelle espérance au moins avons-nous que l’institution sera jamais autre chose que ce qu’elle a toujours été, savoir : une école qui, en donnant à ses élèves — pour la plupart jeunes hommes très contents d’eux-mêmes — ce qu’il leur faut pour gagner leur vie, les pénètre juste assez du sentiment de son utilité pour, hélas ! les empêcher de voir tout ce qui lui manque ? Quant à moi, lorsque je cherche à mesurer aussi exactement que possible le degré de culture de notre personnel universitaire, j’évoque malgré moi la délicieuse histoire de ces nombreux chefs-d’œuvres de peinture accrochés aux murs de l’Université québecquoise pendant un demi-siècle sans que personne en soupçonnât l’existence, et qui, découverts en 1910 par un vague peintre américain du nom de Purvis Carter, font maintenant la gloire de ce foyer intellectuel, gloire lui-même d’une ville qui s’intitule modestement l’Athènes de l’Amérique.

La deuxième condition, c’est de faciliter l’étude du français à nos compatriotes anglo-protestants. Il va de soi, en effet, que nous ne pouvons blâmer ceux-ci d’ignorer notre langue s’ils sont virtuellement dans l’impossibilité de l’apprendre. Or, de la plus humble de nos écoles primaires jusqu’à notre soi-disant université, quelle est celle de nos institutions scolaires qui ne soit avant tout une institution religieuse et qu’un protestant — abstraction faite de la valeur intellectuelle ou professionnelle de l’enseignement — pût fréquenter sans se man-