Page:Aucassin et Nicolette, edité par Mario Roques, 1929.djvu/18

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XIV
INTRODUCTION

de faire remonter l’œuvre jusqu’au règne de Louis VII : l’auteur d’Aucassin serait ainsi un contemporain de Chrétien de Troyes ; G. Paris insistait particulièrement sur le caractère archaïque de ces assonances[1] ; mais on a fait remarquer que l’assonance se rencontre encore au xiiie siècle, notamment dans Huon de Bordeaux, dont une suite est précisément imitée d’Aucassin et Nicolette. Au reste, il faudrait renoncer à tirer aucun argument chronologique de ce système de versification, si l’on admettait que l’auteur d’Aucassin a recouru à l’assonance plutôt qu’à la rime justement pour donner à ses laisses chantées une allure archaïque ou naïve, tout comme il a eu recours par exemple aux diminutifs dans sa « bergerie » de la laisse XXI[2].

L’étude de la langue ne fournit pas d’indices chronologiques plus précis. Certaines formes ou tours paraissent relativement modernes, ainsi la forme afferriés (XXV 14) avec -iés monosyllabique, si ce n’est pas un fait dialectal ; ou bien la construction ba ! me connissiés vos (XXIV 34) avec la forme faible du pronom en tête de la proposition ; mais l’interjection ba a pu entraîner cette construction[3], qui d’ailleurs se rencontre dans le Saint Nicolas de Jean Bodel, par conséquent dès les toutes premières années du xiiie siècle, et qui a dû être employée en prose, surtout dans le langage parlé, avant d’être admise dans la littérature en vers.

Dans le vocabulaire, on a noté que viole (XXXIII 8), mot provençal d’origine, u’apparaissait pas dans la France du Nord avant l’extrême fin du xiie siècle, mais, justement parce que c’est un mot méridional, il pourrait y avoir là une touche de couleur locale qui expliquerait l’emploi du mot dans Aucassin antérieurement au plus ancien exemple que nous en connaissions par ailleurs[4]. Rien à tirer par contre, pour vieillir notre texte, de la mention du nasel du heaume, dont l’usage paraît disparaître au cours du xiie siècle ; ce

  1. Romania, VIII, 289.
  2. Cf. G. Thurau, 83.
  3. Cf. W. Meyer-Lübke, 522, et L. Foulet, Petite syntaxe de l’ancien français. 3e éd., § 165.
  4. Foucon de Candie, v. 1897.