Page:Aucassin et Nicolette, edité par Mario Roques, 1929.djvu/20

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XVI
INTRODUCTION

nord-est de la France ; 2º la valeur monosyllabique de dans afferriés ; 3º la forme jou, ces deux faits pouvant être en tout cas wallons aussi bien que picards ; 4º les formes no et vo picardes, mais se rencontrant dans des textes étrangers à la Picardie[1] ; 5º le parfait arestit, qui a des analogues en Picardie au xiiie siècle, mais aussi, plus tard, en Bourgogne et en Lorraine, et qui n’apparaît pas du moins comme spécialement picard ; 6º le passage de e+i à i dans lit, qui est une forme de la langue littéraire.

Dans le vocabulaire, Suchier signale oie, employé à Amiens au xiiie siècle d’après un exemple cité par Godefroy ; pun, répandu aujourd’hui dans le Hainaut belge et dans le sud-est du département du Nord[2] ; creute, toujours vivant dans le Laonnois ; tatereles, d’origine germanique, ce qui convient à un parler du nord-est ; il n’y a pas là d’éléments précis de localisation. Cateron, que nous maintenons dans le texte, ne semble s’être conservé qu’en Picardie, mais waumonés, dont l’aire moderne s’étend sur l’est des départements des Ardennes et de la Marne, sur le nord de la Meuse et sur le sud du Luxembourg belge, nous amènerait à placer la patrie de l’auteur bien plus à l’est, en direction de Reims, de Rethel ou de Mézières, peut-être au delà de ces villes ; nous ne saurions préciser ni assurer davantage[3].


V. Imitation médiévale d’Aucassin et Nicolette. — Nous ignorons quel a été le succès de la chantefable au moyen âge, mais nous en connaissons du moins une imitation ; l’une des suites de Huon de Bordeaux, la Chanson de Clarisse et Florent[4] est, dans son fond, un décalque d’Aucassin et Nicolette.

  1. Cf. G. Wacker, Ueber das Verhältnis von Dialekt und Schriftsprache im Altfranzösischen (Halle, 1916), p. 83.
  2. Mais pun actuel peut n’avoir rien de commun avec le pun ancien ; cf. Gilliéron, Pathologie et thérapeutique verbales (1921), 178 sq.
  3. Voir au Glossaire, s. v, carbouclee, cateron et waumonés.
  4. Éditée par M. Schweigel, Esclarmonde, Clarisse et Florent, Yde et Olive, drei Fortsetzungen der Chanson von Huon de Bordeaux ; Marburg, 1889. (Ausgaben und Abhandlungen, LXXXIII) ; voir p. 126–152, v. 3482–6183.