Page:Aucassin et Nicolette, edité par Mario Roques, 1929.djvu/7

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INTRODUCTION[1]



I. L’Œuvre. — « Notre chantefable », dit l’auteur d’Aucassin et Nicolette (XLI 24), et ce joli mot[2] exprime bien l’originalité la plus apparente de la composition, le mélange régulier de laisses de vers assonancés, destinées à être chantées et dont la mélodie nous a été conservée, et de morceaux en prose, faits pour être dits. Mais la forme de la chantefable est plus complexe encore ; dans les laisses comme dans les parties en prose, le récit est coupé de monologues et de dialogues[3]. Sur 41 morceaux en vers ou en prose, 33 sont ainsi mêlés de récit et de conversation ; dans l’ensemble, la moitié de l’œuvre est faite de monologues et de dialogues[4]. Sans doute,

  1. Pour les ouvrages cités dans les notes voir la Bibliographie, p. xxix sq.
  2. Nous n’en connaissons pas d’autre exemple ; l’italien cantafavola « balivernes » pourrait provenir du français.
  3. Il y a dans Aucassin et Nicolette un grand nombre de personnages muets : soldats, marchands, marins, Sarrasins, etc… ; mais treize prennent la parole : ce sont, outre Aucassin et Nicolette, le comte Garin de Beaucaire et sa femme, le vicomte et la vicomtesse, le comte Borgart de Valence, le veilleur, un berger, un chevalier, le bouvier, le roi de Torelore et celui de Carthage. L’on notera que le plus souvent il n’y a en scène que deux personnages parlants ; quand il y eu a davantage (II, X), deux seulement prennent à la fois part au dialogue, ce qui rend plus facile, et plus intelligible au public, l’exécution des deux rôles par un seul acteur. Voir notamment X, où Aucassin parle d’abord à son père, ensuite au comte Borgart.
  4. Il y a des monologues dans trois morceaux en prose (X, XVI, XXIV) et douze laisses (V, VII, XI, XIII, XV, XVII, XXIII, XXV, XXXIII, XXXV, XXXVII, XXXIX), des dialogues dans seize morceaux en