Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


naissances. Cette année ma basse-cour ne s’est augmentée que des volailles d’Angèle. Ces nouvelles venues ne font pas très bon ménage avec les anciennes, ce qui me fait rire. Mais Angèle ne rit pas lorsqu’elle aperçoit une de ses poules saignante et déplumée. Cette créature apathique et silencieuse jusqu’alors est en passe de devenir une fermière de premier ordre. Ce fut chez elle une transformation rapide qui nous surprit tous. Du jour au lendemain, sans qu’elle en eût donné la raison, elle éloigna sa chaise de la fenêtre et supprima pour toujours couture et broderie.

Comme pour rattraper le temps perdu, ses longues jambes ne restent pas cinq minutes en repos, et ses pieds chaussés de sabots font plus de bruit dans la cour que les cris de toute la volaille en bataille.

Ainsi que tante Rude, Angèle tient à ne faire tort à personne, mais de même, elle entend ne rien abandonner aux autres de ce qu’elle croit lui appartenir. Parce qu’elle occupe la plus grande partie de la maison, il lui a semblé juste de prendre la plus grande partie du jardin. Elle en a fait autant pour le pré, y marquant sa part, avec défense formelle aux enfants d’y aller jouer. Tante Rude la complimente et lui donne des conseils sur l’élevage mais Angèle se moque de ces conseils ; elle comprend l’élevage d’une autre manière.


Le printemps ne s’est pas fait attendre ; il est arrivé clair et nu comme un petit enfant, et riant aux averses qui semblaient jouer à cache-cache avec lui. Très vite il s’est vêtu de toutes couleurs,