Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/113

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regret puisque Firmin doit partir au régiment à cette époque. Je chercherai un emploi dans une autre ville où il vous sera facile de me rejoindre, et ainsi nous pourrons vivre tranquilles dans notre amour et notre pauvreté… »

Tout s’éclairait. L’idée de vivre aux côtés de Valère en dehors du mariage ne m’était pas venue, et cette idée m’indiquait à cette heure un chemin tellement facile que je m’y engageai aussitôt. Valère et moi, moi et Valère sans autre lien que notre profond amour, pour le temps qui nous restait à vivre. La vision de haine n’avait rien à faire ici, et je compris bien que je n’avais plus à la redouter.

Une joie immense me fit courir à travers le jardin, mes mains se tendaient vers l’espace, mes doigts s’ouvraient comme les pétales d’une fleur épanouie, et mon corps me semblait plus léger qu’une feuille sèche dans le vent.

Autour de moi, tout le jardin brillait et bruissait. « Oh ! vous le saviez petites feuilles, vous le saviez grands arbres qu’un bonheur venait à moi, et vous avez raison de vous réjouir car maintenant Annette Beaubois ne troublera plus votre sommeil en rôdant la nuit à la recherche du sien propre.

« Et toi aussi, beau chat, tu savais la nouvelle, et pour me l’apporter tu as mis ton manteau couleur de neige et de soleil. »

Pendant tout le jour il y eût dans ma tête comme le bourdonnement d’un essaim qui ne sait où se poser.

Manine dont le doux regard me suivait, finit par chanter avec malice :

Magdeleine lui répond
Ah ! j’y vais donc.