Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/129

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ôter mon manteau et me conduit à la cuisine vaste et propre où la table est mise et où brûle un feu vif qui lance de joyeuses étincelles. Je m’en approche toute joyeuse aussi et la femme me dit aimablement :

— Ce n’est pas une maison riche, mais quand on n’est pas trop difficile…

Je reste les mains à la flamme et c’est Valère qui répond en riant :

— Nous serions très mal à l’aise dans une maison riche ; nous avons des habitudes de pauvreté qui nous sont chères.

Tout en disposant deux chaises devant la table, la femme s’adresse de nouveau à moi :

— Vous arrivez juste comme les hirondelles s’en vont.

Quelque chose dans ma tête s’effare. « Les hirondelles ! Ah ! oui, je les avais oubliées ; elles partaient du moulin ce tantôt, elles m’ont suivie, le vent aussi m’a suivie… » Mais la femme ajoute :

— Elles partiront demain matin à la première heure, elles savent bien que la tempête amène le froid.

Je voudrais parler à mon tour, je voudrais sourire aimablement, mais il reste dans ma tête comme un grand vol d’hirondelles, et c’est en moi-même que je dis : « C’est vrai, leur voyage n’est pas terminé, il leur faut aller plus loin, beaucoup plus loin pour trouver de la chaleur ; mais pour moi, la tempête peut amener du froid, beaucoup de froid, le feu est mon ami, il saura bien me protéger contre l’hiver qui s’annonce ».

La vieille femme comme gênée de mon silence