Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/135

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Il n’oublie pas non plus pour nous la petite maison hors de la ville afin que notre amour ne soit pas troublé par le bruit des fêtes.

Au lieu de me réjouir avec lui j’appréhende ce changement.

— Il faut t’en réjouir, me dit Valère. C’est moi qui vais installer cette maison de commerce. J’y mettrai toute mon intelligence, tu verras, tu seras fière de moi. De plus, le contrat qui va me lier à mes patrons n’est pas à dédaigner, je t’assure, je pourrai t’offrir quelques bijoux et des robes qui te feront belle parmi les plus belles.

Je n’ai aucun désir de bijoux, et les robes que je porte plaisent à Valère qui me trouve déjà belle parmi les belles, assurant que mon visage est comme une fleur, et mon corps de forme parfaite.

Je m’efforce d’être joyeuse et de rire avec lui, car malgré tout ce qu’il peut me dire, mon appréhension persiste. Pourtant je reconnais que dans cette affaire Valère gagnera en quelques années de quoi s’établir pour son propre compte alors qu’il aurait pu rester toute sa vie commis chez les autres. D’où me vient donc ce tourment d’avenir ? « Rapide » seul connaît ces moments d’angoisse qui vont jusqu’aux larmes. La bonne bête se tient en face de moi, inquiet, prêt aux larmes aussi, semble-t-il. Je lui prends la tête et le regarde dans les yeux :

— Vous autres, chiens, vous savez des choses que nous ignorons. Dis-moi, toi, ce qui arrivera.

Rapide se dresse, me lèche le visage, m’échappe et saute de joie par la chambre. Et devant sa