Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/139

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Nous rions avec lui, et comme lui, nous sommes heureux à ne pas savoir le dire de ces deux semaines à passer ensemble.

Redevenu calme, Firmin, après avoir visité la maison et tenu un discours au chien, s’est informé longuement de notre vie courante. Il a ouvert les bras pour nous dire :

— Comme votre bonheur est grand !

Et Valère, en ouvrant les bras aussi a répondu :

— C’est que nous l’avons fait à notre taille.

Il riait et se moquait en disant cela, mais ses yeux avaient un étrange éclat dans son visage blême.

Le soir, dans le jardin éclairé seulement par les lumières du ciel, Firmin, tout à coup, nous a dit avec un léger tremblement dans la voix :

— Elle est brune, et elle s’appelle Rose.

Cette jeune fille s’est fiancée à lui sans conditions, mais le grand-père qui l’a élevée est un vieux militaire qui n’accordera pas facilement sa petite fille à un jeune homme qui ne serait pas dans l’armée. Et Rose qui aime et respecte son grand-père n’ira pas contre sa volonté. Aussi elle presse Firmin de rengager afin d’aplanir entre eux tout obstacle.

Et Firmin reprend sa chanson :

— Ses cheveux sont noirs comme la nuit, et ses joues sont roses comme son nom.

À peine arrivé au régiment il l’avait remarquée se promenant au bras de son grand-père dans le square de la ville. De beaux sous-lieutenants la suivaient ou la croisaient sans qu’elle eût l’air de s’en apercevoir. Et Firmin tout étonné de sa