Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/146

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


plus longtemps contre lui, et son baiser a plus de violence encore.

Deux coups viennent de sonner à la pendule. Est-ce une demie ou est-ce deux heures ? Je n’ose me lever pour aller m’en assurer. La nuit est douce et je ne sais depuis combien de temps je suis assise à regarder la mer.

Il y a très peu d’étoiles dans le ciel, mais la lune, haute et ronde, est éclatante comme un soleil levant. Elle se reflète dans l’eau où elle forme de larges cercles brillants, et où elle trace un chemin clair comme pour permettre aux habitants du fond de se diriger vers la terre. Parfois elle disparaît derrière un nuage sans que la mer cesse d’être éclairée ; je crois voir alors, montant du fond des flots, une dame en robe sombre tenant une lampe à la main, mais avant que la dame n’ait atteint la surface, le nuage s’éloigne et la lune reparaît.

Un bruit venant de la route attire soudain mon attention. C’est la bicyclette de Valère ; j’en reconnais le son. Encore une minute et le voici. Il s’excuse de rentrer si tard et me gronde d’être restée à l’attendre. Il est plus nerveux que d’habitude encore ; au lieu de penser au repos, il parle ; il parle de son magasin dont la clientèle augmente de jour en jour. Quel dommage qu’il n’ait pas d’argent ! cette maison de commerce qui est son œuvre et dont il a le droit d’être fier, ses patrons ne demandent qu’à la lui céder. S’il avait de l’argent, il l’achèterait tout de suite, avec toutes les charges qu’elle comporte, car dans quelques années tous les frais en seront