Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/159

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de sommeil, mais ce sommeil vient trop tard, je lutte et je me défends contre lui, et pour l’empêcher de peser trop lourdement sur mes yeux, je descends de la tour et m’en vais à la cuisine préparer le petit déjeuner.

Peu après, comme à un appel mystérieux de l’heure du travail, Valère se lève et je l’entends faire sa toilette. Tout habillé et prêt pour le départ, il entre à son tour dans la cuisine. Le dos tourné, je feins d’ignorer sa présence ; pourtant je voudrais rompre ce silence qui met un malaise entre nous ; je cherche des mots qui n’aient pas l’air d’être des reproches ; je trouve enfin, et, me tournant vers lui, je dis sur le ton habituel :

— Ce long sommeil a dû te reposer des fatigues de la semaine ?

Il ne répond pas à cela et demande :

— Quel jour sommes-nous ?

La question me fait rire :

— Lundi.

Il baisse la tête comme pour réfléchir et ses oreilles aux ourlets gonflés deviennent encore plus rouges.

Il reprend au bout d’un moment :

— J’ai dormi comme une brute, et tu as dû t’ennuyer ?

— Non, je me suis occupée.

Il se met à table et mange de bon appétit ; ensuite il tire sa montre, et, tout en la mettant à l’heure, il dit encore :

— C’est que j’étais réellement las ; tu t’en es bien rendu compte, n’est-ce pas ?

Je fais oui, de la tête seulement, car il y a dans