Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/16

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Et, courbée vers nous, un pied en avant, et les yeux tout en éclairs, elle nous avait menacés d’affreux châtiments venus du ciel, si nous avions l’audace de continuer à rire.

La première surprise passée, le serviteur hindou s’était brusquement changé en chien de garde, aboyant furieusement contre l’intruse, et l’obligeant à fuir. Puis la porte refermée, le chien avait aboyé avec la même fureur, par le trou de la serrure, autour de nos lits, contre la fenêtre, et même vers le plafond comme pour faire peur autant qu’à Angèle, aux maladies, aux péchés, et à tous les châtiments dont nous étions menacés.

À me souvenir de ces instants, ma tranquillité s’affermissait. Je me revoyais déjà de retour à la maison où je retrouvais la gaieté si amusante de mon frère, les caresses des deux petits, et enfin toute la tendresse de mes parents avec leur bon accord revenu.

Dans la joie de ce jour proche j’oubliais de rester immobile. Ah ! non, il ne fallait pas bouger. Un chien hargneux s’était caché dans ma hanche, et au plus petit mouvement de ma part, il mordait et déchirait et sa colère était lente à s’apaiser.


Je n’aurai pas la joie du retour à la maison. Et qui sait si je rentrerai jamais dans cet appartement d’où je suis sortie un jour, blessée de telle sorte que je vais en porter la marque toute ma vie. Dans un instant, mon père et ma mère viendront me prendre pour me conduire au moulin de la Haie, chez oncle meunier, où je continuerai à vivre étendue, en attendant ma complète gué-