Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/179

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XIII


Le train roule et ma pensée ne peut se détacher de Valère. Resserrée dans un coin du wagon, les yeux clos pour ne pas mêler le cher visage triste aux visages indifférents qui m’entourent, je souffre de ce départ comme d’un mal cuisant. Par instant je ne sais plus si je fais bien de partir, et aux arrêts des gares j’ai besoin de toute ma volonté pour ne pas sauter du train et retourner à Nice. Pour faire cesser cette irrésolution qui me torture, je vais m’appuyer contre la vitre du couloir. Je cherche des yeux les orangers, mais dans la campagne, il n’y a plus que des ifs et des oliviers. Les ifs, qu’on aperçoit de place en place, vont par bandes, vêtus de noir, comme des gens de village s’en allant à un enterrement, ou par deux seulement, un grand et un petit, comme un père conduisant son fils par la main.

Les oliviers tordus chacun à sa manière couvrent des champs entiers. Certains ont l’air d’être à genoux soutenant une corbeille sur leur tête, et d’autres ont deux jambes cagneuses au lieu d’un tronc. Beaucoup sont courbés vers la terre comme