Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/18

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et plus raide que jamais, et son visage me paraît plus autoritaire encore. Va-t-elle me gronder, de me faire rouler ainsi dans une voiture ? Je me souviens qu’elle n’aime pas les malades. Cependant, elle se penche sur moi pour m’embrasser, mais c’est du bout des lèvres, on dirait même avec dégoût. Et sans un mot de bienvenue à mes parents, elle passe la barrière, et marche en avant comme si nous ne connaissions pas le chemin, et qu’elle fût venue seulement pour nous le montrer.

À mon étonnement ce n’est pas chez elle qu’elle nous conduit. C’est chez Manine, la jeune veuve du garçon meunier, dont la maison est séparée du moulin par un grand verger, et une petite genêtière.

C’est là que je vais demeurer en attendant le moment où je pourrai marcher comme tout le monde. Tante Rude me l’apprend sans douceur, tandis que mon père et ma mère, avec des mots affectueux, et mille précautions m’installent dans un lit tout préparé.

Mon installation finie, mes parents s’en vont au moulin avec tante Rude et oncle meunier. J’entends grincer derrière eux la claie du passage. Et Manine ferme la porte de la maison, par où entre un brouillard blanc qui s’élève des prés d’alentour.

Manine s’appelle Marceline, comme tante Rude s’appelle Gertrude, mais ces deux noms trop difficiles à prononcer pour les jumeaux ont été transformés ainsi par eux, et personne ne songe à les rétablir.

Manine est une parente éloignée, devenue orphe-