Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/201

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Manine a perdu patience :

— Mais sois donc gaie un peu ; profite de ta jeunesse ; vois, il fait beau, va te promener avec Annette et Reine.

Clémence, plus mécontente que jamais, a répondu que sa robe et son chapeau n’étaient plus à la dernière mode et qu’elle n’avait pas envie de se faire moquer d’elle en allant les montrer par la ville.

Excédée Manine a élevé la voix :

— Tu te rends malheureuse pour des niaiseries.

— Des niaiseries ?

Ce fut une vraie colère qui mit Clémence debout en face de sa mère :

— Des niaiseries ? La toilette d’une jeune fille ?

Et Clémence hors d’elle-même, bégayant presque, cria :

— Toutes mes camarades sont mieux habillées que moi. Toutes ont une vie facile alors que tu me fais une vie si pauvre que j’en ai honte.

Ce reproche était trop loin de la vérité pour que Manine le prît au sérieux. Elle se moqua :

— Pas si pauvre, puisque te voilà riche de tes dix-huit ans.

Et Clémence, au lieu de rire comme nous, s’assit en disant avec une profonde amertume :

— Pour ce que cela me sert d’avoir dix-huit ans.


C’est à mon tour d’être abandonnée de ceux que j’aime. Manine et ses filles sont au moulin pour la durée d’août et Firmin s’est marié le mois dernier.

L’absence de Reine ravive durement mes regrets.