Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/205

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Je l’attirai devant la glace :

— Vois ce que tu as fait de Valère Chatellier !

Il regarda ses yeux clignotants, sa lèvre lâche et toute cette flétrissure qui s’étalait sur son visage et il dit en se détournant :

— Quelle honte !

Et, le buste affaissé, il resta longtemps sans rien dire.

Puis ce fut le pénible aveu de son existence depuis plus d’un an. Tout d’abord me croyant menteuse et infidèle, fâché contre moi autant que contre lui-même, il s’était lancé à fond dans le tourbillon des affaires et des plaisirs. Cependant, il n’avait pas abandonné notre logis. Là seulement il se sentait en sûreté et pouvait se reposer de ses nuits de fête. Souvent même, par les matinées chaudes, il s’étendait pour dormir sous l’olivier où l’ombre était si douce. Et cela jusqu’au jour où la jeune voisine arrêtée près de lui avait dit à son mari : « Si tu crois que c’est appétissant un homme dans cet état. Annette a bien fait de partir avec son Firmin ».

Ces paroles l’avaient complètement réveillé et tout de suite il avait pensé : « Firmin, toujours Firmin. S’il était vrai pourtant que Firmin fût venu ? »

Lorsque ses patrons lui avaient parlé de ma rencontre avec un jeune homme à la mine délurée et à la tenue peu convenable, il les avait crus sur parole. Il avait cru aussi la vieille piqueuse de bottines qui assurait que ce même jeune homme était resté deux jours à rire et à chanter dans la maison. Mais cette jeune femme qui venait de