Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/213

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— Soyons crâne ! Je suis fille et femme de soldat, soyons crâne.

Et, de fait, avec la haute ceinture de cuir qui retient les plis de sa robe légère, avec son coquet chapeau que Firmin a mis de travers en la serrant dans ses bras, elle passe la porte ayant l’air d’une jeune fille rieuse et mutine courant à quelque partie de plaisir de son âge.

Incapable de rester dans la maison, j’entraîne Firmin au jardin ; mais il y fait trop chaud et nous avançons jusqu’au petit bois. Tandis que nous en faisons le tour, la cloche d’une église se met à sonner, puis une autre, puis d’autres, au loin.

— C’est le tocsin, me dit Firmin.

Le tocsin ? Il me semble bien que j’entends ce mot pour la première fois ; pourtant, je pense à la mort et j’ai peur. Firmin aussi a peur. La fermeté de son visage s’efface. Il me prend par la main et m’entraîne vers un banc de pierre tout en disant :

— Le tocsin, c’est la voix qui sème la terreur et réveille le courage. C’est l’appel au secours pour la défense contre le malheur. Si tu as si peur, Annette, c’est que tu as déjà compris son langage.

Nous nous asseyons et Firmin reprend vite et sans arrêt selon sa manière :

— Aujourd’hui, le tocsin appelle aux armes contre les voleurs qui s’avancent en bandes innombrables et armés jusqu’aux dents. Ces voleurs, pour prendre gros comme le poing de ce que nous possédons, n’hésiteront pas à en détruire gros comme des montagnes. Ils brûleront nos vignes,