Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


nos bois, nos maisons. Ils détruiront des villes sans souci de leurs habitants. Ce sera l’égorgement de créatures innocentes. Ce sera la folie lâchée sur des êtres sages jusqu’alors, sur ceux de la défense comme sur ceux de l’attaque, car la guerre transforme en bêtes féroces les bons tout comme les méchants.

Il serre ma main comme pour me rassurer ; cependant il dit encore :

— Oui, il faut avoir peur. Avec le grand-père de Rose je me suis instruit sur la guerre et j’en connais toutes les horreurs.

En même temps que la voix de Firmin j’écoute celle du tocsin. Cette voix forte, dure, tenace, frappe l’air comme des coups de marteau et commande bien plus la défense qu’elle n’appelle au secours. Elle frappe le haut des arbres qui nous abritent et tombe sur nos têtes, les martelant sans pitié. J’entends ses reproches :

— Allons les Beaubois, que faites-vous là ? tranquilles à l’ombre au lieu de courir aux voleurs qui menacent votre bien.

Je veux me lever pour obéir, mais Firmin me retient :

— Tout à l’heure ! dit-il.

Et son geste paraît s’adresser plus encore au tocsin qu’à moi.

Je songe que ce soir ou demain mon frère ira au-devant de la bataille et un regret me fait dire :

— Si tu n’avais pas rengagé, Firmin !

Il hausse une épaule et répond :

— La guerre m’aurait pris tout de même, comme elle prendra tous ceux de mon âge.