Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/255

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Mon cœur tremble alors et me secoue si fort que mes dents s’entrechoquent.

Je n’attends pas que l’on frappe à ma porte pour l’ouvrir toute grande.

Valère s’arrête sur le seuil, comme une fois déjà. De sa seule main, il écarte le cache-nez et je vois enfin son visage. Les joues sont couturées de cicatrices grossières le nez est déformé, le menton presque absent ; mais, parmi ces ravages, la bouche forte et saine est à sa place. Le front intact aussi et marqué d’intelligence sous les cheveux gris. Et c’est dans les yeux pâles qui sont fixés sur moi que je retrouve toute la tendresse de Valère Chatellier.

De cette voix basse et pleine que je n’ai pas oubliée il dit :

— Tout n’est pas perdu, Annette ; nous sommes jeunes encore et si tu le voulais nous pourrions reconstruire notre foyer et fonder une famille.

Fonder une famille !

Oh ! oui, je le voulais, je le voulais de toute mon âme et de toute ma chair, et comme je ne trouvais pas de mots pour le dire, j’attirai Valère dans la clarté du couchant et je posai comme autrefois mes mains sur ses épaules afin qu’il vît bien que mon amour pour lui était aussi pur et aussi fort qu’au premier jour.


FIN