Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/39

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fallut m’y reprendre à plusieurs fois pour y croire et m’en réjouir.

Oncle meunier ne parut pas trop surpris, et tante Rude qui le paraissait moins encore, offrit de m’aider à nettoyer et mettre en ordre notre propre maison qui était mitoyenne avec celle de Manine.

Au lieu du samedi soir, il n’arrivèrent que le dimanche à l’aube. Toute la nuit, j’étais restée sans dormir, attentive au passage des trains, me mettant debout dès que l’un d’eux s’arrêtait en gare. Je n’aurais su dire pourquoi, à ce dernier train, j’étais sortie de la maison pour courir au bout de chemin.

Le ciel commençait à s’éclairer, et déjà on pouvait compter les arbres qui bordaient la route. À cette heure, où tout faisait encore silence, j’entendis marcher au loin, et peu après je vis s’avancer le groupe sombre que formait toute ma famille réunie.

Le cœur battant de joie, marchant sur l’herbe pour assourdir le bruit irrégulier de mon pas de boiteuse, j’allais à la rencontre de ce groupe. J’allais vite, mais lorsqu’en approchant je pus distinguer chacun des miens, une étrange faiblesse m’obligea de m’appuyer contre un arbre.

Eux, dans le demi-jour, ne me reconnurent pas. Les jumeaux m’apercevant s’écartèrent comme apeurés, et mes parents détournèrent la tête. Je voulais les appeler, je voulais leur faire signe de venir à moi, mais j’étais comme paralysée. Et brusquement Angèle et Firmin qui venaient les derniers se retournèrent et crièrent mon nom.