Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/63

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venir que je pars à l’instant même pour Paris à l’occasion du divorce de vos parents.

Il se tourna vers moi pour ajouter :

— Gertrude prétend que c’est une dépense inutile, mais j’ai décidé de faire ce voyage que je remets depuis trop longtemps déjà.

Pour ne pas augmenter le mécontentement de sa femme, il avait décidé aussi d’être de retour le soir même, et à cause de cela il n’avait pas une minute à perdre.

Il reprit sa bonne humeur :

— Hop ! hop ! fit-il. Viens m’aider à atteler la Blanche qui va me conduire en un rien de temps à la ville où je pourrai prendre au passage l’express de Paris.

La voiture légère fut vite tirée du hangar, et, tandis que tante Rude, rouge encore de sa colère, apportait en courant manteaux et couvertures, les jumeaux, joyeux comme s’ils allaient être du voyage, sautaient autour de nous en riant et criant comme de petits fous.

Tout en prenant les rênes que je lui tendais, oncle meunier se pencha comme pour me parler, mais ses lèvres ne s’ouvrirent pas ; seule sa grosse moustache se haussa et s’abaissa drôlement. Il se redressa, se cala sur le siège, me regarda encore comme s’il allait m’inviter à monter près de lui, puis il fit un geste avec son fouet pour écarter tout le monde et aussitôt la Blanche partit comme un trait.

Nous restions là tous à regarder filer la voiture, et lorsqu’elle eut disparu au versant, nous tâchions encore d’entendre son bruit sur la route.