Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/68

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soir sur son beau chapelet de première communion. Et les jumeaux, que l’approche du sommeil rendaient silencieux, se tenaient par la taille et appuyaient l’une contre l’autre leur jolie tête blonde. Ils voulaient attendre comme nous le retour d’oncle meunier et ils refusaient d’aller au lit quoiqu’ils fussent très las.

À l’heure habituelle de la préparation du levain je pris la lanterne et gagnai le fournil.

Ainsi que cela m’arrivait toujours, dès que j’eus commencé d’entasser le bois, j’oubliais tous les soucis de la journée et ne pensai plus qu’à la cuisson du lendemain.

J’aimais faire ce travail qui exigeait toutes mes forces et réclamait toute mon attention. J’aimais chauffer le four malgré sa chaleur qui me cuisait le visage et sa fumée qui me faisait tousser. J’aimais voir lever la pâte dans les corbeilles rondes, et l’enfourner sur la grande pelle en bois. Et c’était toujours un amusement pour moi de voir que lorsque les pains étaient cuits, aucun d’eux ne se ressemblaient. Mais ce qui me plaisait surtout c’était de pétrir la pâte. Le levain préparé la veille, oncle meunier venait au petit jour verser dans le pétrin la farine nécessaire à la fournée. Une appréhension que je n’aurais pas su préciser et que je ne pouvais vaincre me retenait chaque fois indécise et un peu craintive devant le levain et la masse de farine. « C’était cela qui allait faire le pain ? Ce pain blanc, épais et rond, dont je coupais de si larges tartines aux jumeaux, à leur retour de l’école ». Puis, l’eau versée à son tour dans le pétrin, je me décidais enfin à mêler le tout.