Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/67

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ailes au repos semblaient aujourd’hui, un grand X posé sur l’horizon.

À la tombée du jour, tante Rude devant le travail fait ne trouva personne à gronder. Elle se contenta de me rappeler un peu sèchement que demain était jour de cuisson, et qu’il ne fallait pas manquer de préparer mon levain et d’entasser dans le fournil le bois nécessaire au chauffage du four.

La nuit revint sans que notre oncle fût de retour. Dehors il faisait froid, plus froid que le matin encore ; mais dans la pièce où les fagots flambaient à présent, il faisait une chaleur douce qui endormait notre inquiétude. Nous étions là, tous les cinq, assis devant la grande cheminée comme au temps où nos parents venaient passer avec nous les derniers jours de vacances avant de nous ramener à Paris.

Malgré notre tristesse il y avait une gaieté autour de nous. Dans sa boîte de chêne ciré, le balancier de la vieille horloge semblait plus sonore que de coutume. Sur le dressoir, les assiettes blanches se coloraient de rose et la grande armoire, comme pour nous paraître moins sombre, faisait briller ses ferrures et reflétait tout le foyer dans ses larges panneaux.

Assise à la place de notre mère, je regardais les chers êtres venus au monde après moi et avec lesquels j’avais un si grand désir de continuer à vivre. Firmin ne pleurait plus ; il suivait des yeux les sautes de la flamme et, les pincettes en main, il reformait sans se lasser deux montagnes de braises qui s’écroulaient toujours par la base. Angèle, placide et blanche comme un lys, murmurait sa prière du