Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/71

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vailler aux champs il serait placé à la ville chez un marchand de chaussures, où sans grande fatigue il pourrait immédiatement gagner sa vie.

Un long silence suivit encore, au bout duquel oncle meunier soupira en regardant le feu. Puis, comme si, à dater de ce soir, il devenait le père des jumeaux, il m’aida à les mettre au lit et ne s’en alla qu’après les avoir vus bien endormis côte à côte. Derrière lui Angèle s’agenouilla pour dire avec ferveur :

— Vierge Marie ! accordez-moi d’aller à la ville apprendre le métier de lingère.

Et aussitôt couchée, elle s’endormit paisiblement.

Pas plus que moi Firmin ne pouvait s’endormir malgré l’heure avancée. Je l’entendais se tourner et se retourner sous ses couvertures. En plus de sa peine il avait l’appréhension du travail, d’un travail qui n’était pas de son goût. Comme Angèle il aurait voulu apprendre un métier, un métier qui lui aurait permis de fabriquer de ses propres mains un objet complet. Et voilà qu’il lui faudrait gagner sa vie chez un marchand de chaussures.

Sa voix me parvint tout à coup, éclatante et inattendue dans l’obscurité :

— Dis, Annette, tu aimerais ça, toi, chausser les pieds des gens ?


Ainsi que nous l’avait annoncé oncle meunier, nos parents vinrent le dimanche suivant. Tous deux se parlaient, souriants et affectueux, comme si rien ne les séparait.