Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/255

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Platon nageait auprès de moi, épuisé de chaleur, et profitant de la fraîcheur du liquide élément qui calmait sa fatigue. L’eau devenait plus profonde en même temps que la fange de son lit ; je redoublai de prudence, et je pus enfin atteindre le bord.

À peine commençais-je à m’y raffermir sur mes pieds, que mon chien accourut vers moi, avec toutes les apparences de la terreur. Ses yeux semblaient vouloir sortir de leurs orbites, il grinçait des dents avec une expression de haine, et ses intentions se manifestaient par un sourd grognement. Je crus que tout cela provenait simplement de ce qu’il avait éventé la trace d’un ours ou de quelque loup ; et déjà j’apprêtais mon fusil, lorsque j’entendis une voix de stentor me crier : « Halte-là, ou la mort ! » Un tel qui-vive au milieu de ces bois était bien fait pour surprendre. Du même coup, je relevai et j’armai mon fusil ; je n’apercevais point encore l’individu qui m’avait intimé un ordre si péremptoire, mais j’étais déterminé à combattre avec lui pour mon libre passage sur notre libre terre.

Tout à coup un grand nègre solidement bâti s’élança des épaisses broussailles où jusqu’alors il s’était tenu caché, et renforçant encore sa grosse voix, me répéta sa formidable injonction. Que mon doigt eût pressé la détente, et c’était fait de sa vie ; mais m’étant aperçu que ce qu’il dirigeait sur ma poitrine n’était qu’une espèce de mauvais fusil qui ne pourrait jamais faire feu, je me sentis au fond assez peu effrayé de ses menaces et ne crus pas nécessaire d’en venir aux extrémités. Je remis mon fusil à côté de moi, fis doucement