Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/256

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signe à mon chien de rester tranquille, et demandai à cet homme ce qu’il voulait.

Ma condescendance et l’habitude de la soumission qu’avait ce malheureux produisirent leur effet : « Maître, dit-il, je suis un fugitif ; je pourrais peut-être vous tuer ! mais Dieu m’en garde ! car il me semble le voir lui-même, en ce moment, prêt à prononcer son jugement contre moi, pour un tel forfait. C’est moi maintenant qui implore votre merci ; pour l’amour de Dieu, maître, ne me tuez pas. — Et pourquoi, lui répondis-je, avez-vous déserté vos quartiers où vous seriez certainement plus à l’aise que dans ces affreux marais ? — Maître, mon histoire est courte, mais elle est triste. Mon camp ne se trouve pas loin d’ici ; et comme je sais que vous ne pouvez regagner votre demeure, ce soir, si vous consentez à me suivre, je vous donne ma parole d’honneur que vous serez en parfaite sûreté jusqu’à demain matin. Alors, si vous le permettez, je me chargerai de vos oiseaux, et vous remettrai dans votre route. »

Les grands yeux intelligents du nègre, ses manières franches et polies, le ton de sa voix, m’invitaient, toute réflexion faite, à tenter l’aventure. Et comme j’avais conscience de le valoir tout au moins, et d’avoir en plus mon chien pour me seconder, je lui répondis que je voulais bien le suivre. Il remarqua l’emphase avec laquelle je prononçai ces derniers mots, et parut en comprendre si profondément la portée, que se tournant vers moi, il me dit : « Voici, maître, prenez mon grand couteau ; tandis que, vous le voyez, moi je jette l’amorce et la pierre de mon fusil. » Lecteur, je