Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/323

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à la porte ; mais on n’en pouvait pas décemment faire autant de son infortuné propriétaire. Ce fut un sauve-qui-peut général ; il ne resta qu’un seul domestique blanc pour nous servir à souper.

Je me sentais moi-même un peu vexé en voyant la contrariété de mon honnête compagnon ; mais il avait trop d’esprit pour ne pas prendre bien la chose ; et il me dit simplement qu’il était très fâché d’être si ignorant en zoologie. Mais le brave homme n’était pas novice seulement sous le rapport de la zoologie : tout frais débarqué d’Europe, il éprouvait plus que de la gêne dans cette mauvaise bicoque, à l’écart, loin de la grande route ; et si je l’en eusse cru, nous serions repartis, cette nuit même, pour ne nous arrêter que chez moi. Mais enfin, je parvins à le rassurer, en lui faisant comprendre qu’il n’avait réellement rien à craindre.

On nous montra notre lit. Ce fut encore une autre affaire ! Comme nous étions complétement étrangers l’un à l’autre, il eut d’abord bien du mal à se faire à l’idée qu’il lui fallait partager la même couverture avec moi. Mais après tout, finit-il par observer, cela n’en vaut que mieux ; et il me demanda la faveur de coucher au fond, comme devant, sans doute, y être moins en danger.

Debout à la pointe du jour, nous prîmes avec nous le manteau qui avait eu le temps de geler, et après une bonne nuit, passée cette fois chez moi, nous nous séparâmes.

Quelques années plus tard, dans de lointains pays, je revis mon camarade du Kentucky ; et il m’assura que