Page:Augier - Théatre complet, tome 4.djvu/58

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Léon.

Te voilà partie !


Thérèse, se rapprochant de lui.

Eh bien, oui, tu oublies trop souvent, je tiens à te le répéter, que ce patriarche de la basoche, comme il te plaît de l’appeler, t’a tendu la main à tes débuts, m’a élevée, nourrie, tenu lieu de tout ce que j’ai perdu, et mariée enfin, mariée à toi que j’aimais et que sans lui sans doute je n’aurais pu épouser. Le jour où j’entrai sous sa tutelle, j’étais presque pauvre ; le jour où j’en sortis, j’étais presque riche. Cet homme, que le soin d’intérêts étrangers laissa toujours indifférent aux siens, n’est guère plus opulent aujourd’hui qu’il ne l’était il y a vingt ans ; mais le jour de notre contrat, mon ami, je t’apportais deux cent mille francs, et comme je me récriais : « Ils sont à toi, ma fille, dit-il en m’embrassant, bien à toi… car tout seul et pour moi, je ne les eusse jamais gagnés ! » Quelques-uns de ses ridicules ont pu te frapper depuis, mais à ce moment-là tu ne les voyais pas, car tu avais aussi des larmes dans les yeux !


Léon.

Pourquoi me rappeler des obligations…


Thérèse.

Si je te les rappelle, c’est qu’il ne s’en souvient pas.


Léon, se levant.

Je m’en souviens, moi ! mais l’heure me presse, j’ai affaire au Palais ; avais-tu quelque chose à me demander ?


Thérèse, avec embarras.

Le mois finit demain, j’ai les gages des domestiques…