Page:Augier - Théatre complet, tome 4.djvu/57

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Léon.

De Charybde en Scylla ! — Jolie distraction que la conversation de ce patriarche de la basoche, doublé de pédagogue.


Thérèse, l’arrêtant.

Sans t’en apercevoir, mon ami, tu deviens dur pour mon tuteur : c’est assez de le négliger comme tu le fais ; ménage-le, je t’en prie. L’habitude innocente de railler les meilleures gens fait qu’à son insu on ne les accueille plus avec le même respect, qui, peu à peu, se perd dans leur entourage. Séraphine, lorsqu’elle l’épousa, avait pour lui des attentions délicates qu’elle n’a plus aujourd’hui, et je ne voudrais pas que ton exemple entrât pour quelque chose dans les airs souvent trop cavaliers qu’elle affecte avec lui !


Léon.

Qu’elle agisse comme elle l’entend, ce n’est pas mon affaire, et je ne sais pourquoi depuis quelque temps tu affectes toi-même de me poser en agent responsable des fantaisies de madame Pommeau.

(Il s’assied à droite.)

Thérèse.

J’ai tort, je le veux bien, mais je tiens tant au bonheur de ce digne homme à qui je dois le nôtre que j’en suis plus inquiète qu’il n’en est jaloux. Il est si bon !


Léon.

Un ange ! c’est convenu.


Thérèse, après un silence.

Un cœur simple et tendre, un esprit droit et sûr, une loyauté royale, n’est-ce pas, pour nous qui l’avons vu à l’œuvre, de quoi racheter quelques travers naïfs ?… Mon cher Léon, les méchantes gens n’ont pas de ridicules.