Page:Austen - Emma.djvu/328

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il s’est, à plusieurs reprises, approché de moi, et toute son attitude indiquait clairement qu’il se mettait en frais.

Emma de son côté, était forcée de reconnaître avoir remarqué aussi cette métamorphose. Henriette répéta certaines expressions approbatives : il l’avait louée d’être simple, d’avoir des sentiments honnêtes et généreux. Naturellement beaucoup de petits faits : un regard, une attention, une marque de préférence, dont Henriette gardait un souvenir fidèle, étaient passés inaperçus aux yeux d’Emma. Pourtant deux des dernières circonstances sur lesquelles Henriette fondaient le plus d’espoir, avaient eu Emma pour témoin. La première était la promenade qu’il avait faite en tête-à-tête avec elle dans l’allée de tilleuls de Donwell.

— Après m’avoir amenée à me séparer du reste des promeneurs, expliqua Henriette, il s’est mis à me parler sur un ton de particulière intimité, et je ne puis évoquer ce souvenir sans émotion ; il parut vouloir s’informer si mes affections étaient engagées, mais vous vous êtes approchée à ce moment et il a immédiatement changé de conversation pour parler agriculture.

Le second fait significatif consistait à être demeuré près d’une demi-heure avec elle en attendant le retour d’Emma, lors de sa dernière visite à Hartfield :

— Il avait pris la précaution d’avertir, en entrant, qu’il ne pouvait pas rester plus de cinq minutes ; bien plus, au cours de notre conversation, il m’a avoué s’éloigner à regret de chez lui pour aller à Londres, où ses affaires l’appelaient.

Emma n’avait reçu aucune confidence de ce genre et la confiance témoignée à Henriette lui fut particulièrement pénible.

Au bout de quelques instants de réflexion, Emma trouva une interprétation plausible de l’allusion particulièrement grave faite aux sentiments d’Henriette, et elle demanda :

— Ne serait-il pas possible qu’en vous interrogeant sur l’état de votre cœur, il ait eu l’intérêt de M. Martin en vue ?

Mais Henriette rejeta cette idée avec dédain :

— M. Martin ! Non, vraiment, il n’a été question