Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/208

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qu’elle n’aurait pu dire lequel l’emportait du plaisir ou de la peine.

Ses premières réponses aux civilités de M. et de M.e Croft furent prononcées presque au hasard, et les gestes firent à-peu-près les frais de la conversation. Ils avaient fait la moitié de la route sans qu’elle eût pu dire de quoi parlaient ses compagnons. Lorsqu’elle sortit de sa rêverie, elle s’aperçut que le même objet les occupait tous trois ; ils parlaient de Frederich. « Certainement, Sophie, disait l’amiral, il pense à vous donner une de ces jeunes filles pour belle-sœur ; laquelle lui conseillez-vous, miss Elliot ? et vous, Sophie, y en a-t-il une que vous préféreriez ?

— Ce sont de bonnes filles, » dit M.e Croft d’un ton très-calme.

Miss Elliot comprit, par cette réponse, qu’elle ne les trouvait pas très-aimables, et qu’elle pensait que son frère devait trouver mieux : elle ajouta : « C’est une famille très-respectable ; on ne peut être allié à de meilleures gens… Mon cher amiral, prenez garde à ce poteau, nous allons verser ; prenez garde. »

L’amiral lui remit froidement les rênes ; elle s’en servit adroitement pour éviter de tomber dans une ornière. Alice sourit de leur