Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/30

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digne d’être regardée ; il n’avait plus aucun espoir d’inscrire à côté de son nom celui d’un époux digne de figurer dans son livre favori ; mais Elisabeth, toute belle et toujours belle, lui procurerait sûrement ce plaisir indicible, et ferait sans doute un très-brillant mariage.

Il arrive quelquefois qu’une femme approchant de trente ans est plus belle encore que dans sa jeunesse, si du moins elle n’a eu ni chagrins ni maladie, ces deux fléaux de la beauté. De vingt à trente, une femme ne perd aucun de ses charmes, et sait mieux les faire valoir : Elisabeth Elliot en était la preuve ; elle était exactement la même à vingt-neuf ans qu’à dix-huit ; son père ne cessait de le dire et de l’admirer : Alice maigrissait, Maria grossissait ; lady Russel avait depuis long-temps quelques rides aux tempes et au front même ; au grand regret de sir Walter, il avait entrevu quelques cheveux qui blanchissaient ; lui seul et sa fille Elisabeth restaient invulnérables contre les injures du temps.

Elisabeth n’était pas tout-à-fait aussi contente ; son père, et même son miroir, lui disaient bien qu’elle était toujours belle ; mais elle ne pouvait se dissimuler qu’ils le lui disaient au moins depuis treize à quatorze ans.