Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/51

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Mr. Darcy sourit, mais Elizabeth crut deviner qu’il était un peu vexé et se retint de rire. Miss Bingley, indignée, reprocha à son frère de dire tant de sottises.

— Je vois ce que vous cherchez, Bingley, lui dit son ami. Vous n’aimez pas les discussions et voulez mettre un terme à celle-ci.

— Je ne dis pas non. Les discussions ressemblent trop à des querelles. Si vous et miss Bennet voulez bien attendre que je sois hors du salon, je vous en serai très reconnaissant, et vous pourrez dire de moi tout ce que vous voudrez.

— Ce ne sera pas pour moi un grand sacrifice, dit Elizabeth, et Mr. Darcy, de son côté, ferait mieux de terminer sa lettre.

Mr. Darcy suivit ce conseil et, quand il eut fini d’écrire, il pria miss Bingley et Elizabeth de bien vouloir faire un peu de musique. Miss Bingley s’élança vers le piano et après avoir poliment offert à Elizabeth de jouer la première, — ce que celle-ci refusa avec autant de politesse et plus de conviction, — elle s’installa elle-même devant le clavier.

Mrs. Hurst chanta accompagnée par sa sœur. Elizabeth qui feuilletait des partitions éparses sur le piano ne put s’empêcher de remarquer que le regard de Mr. Darcy se fixait souvent sur elle. Il était impossible qu’elle inspirât un intérêt flatteur à ce hautain personnage ! D’autre part, supposer qu’il la regardait parce qu’elle lui déplaisait était encore moins vraisemblable. « Sans doute, finit-elle par se dire, y a-t-il en moi quelque chose de répréhensible qui attire son attention. » Cette supposition ne la troubla point ; il ne lui était pas assez sympathique pour qu’elle se souciât de son opinion.

Après avoir joué quelques chansons italiennes, miss Bingley, pour changer, attaqua un air écossais vif et alerte.

— Est-ce que cela ne vous donne pas grande envie