Page:Austen - Orgueil et Prevention 1.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
54
ORGUEIL

» — Si mes enfans extravaguent, j’espère toujours m’en apercevoir.

» — Oui, mais il se trouve qu’elles sont toutes très-spirituelles.

» — Voilà, je l’espère, le seul point sur lequel nous ne nous accordons pas, ma femme : j’avais espéré que nos sentimens se rencontreraient en tout, mais il faut ici que mon opinion diffère de la vôtre, car je pense que nos deux plus jeunes filles sont d’un ridicule achevé.

» — Mon cher monsieur Bennet, voulez-vous que des enfans de cet âge aient autant de sens que leurs parens ? Je me rappelle le temps où j’aimais moi-même un habit rouge, et je ne dis pas qu’au fond du cœur je n’aie encore un faible pour les militaires : si un jeune colonel, avec cinq ou six mille livres sterlings de rente, me demandait une de mes filles, j’aurais peine à lui dire non. L’autre soir, le colonel Forster avait, je vous assure, fort bonne mine avec son uniforme. »

Ici, elle fut interrompue par un domestique qui apportait un billet pour