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vaincantes, telles que la matiere & la juſteſſe de l’exécution. (Voyez la Préface de l’Ordonnance des cinq eſpeces de colonnes, &c. par M. Perrault.)

Les Architectes auroient peut-être baiſſé la lance à cette déciſion, ſi un des leurs n’eut voulu les aſſervir à une eſpece de routine, en établiſſant les proportions par des raiſons. Cet Architecte eſt M. Briſeux, bien connu par deux ouvrages ſur l’Architecture. L’un de ces ouvrages intitulé, Traité du beau eſſentiel dans les Arts, appliqué particulierement à l’Architecture, eſt deſtiné à combattre M. Perrault, & à preſcrire des régles à la beauté d’un édifice. Ces régles ſont, ſelon M. Briſeux, les proportions harmoniques. Il prouve d’abord cette proportion, en faiſant remarquer que les plus beaux bâtimens ſont ceux où cette proportion eſt plus exactement obſervée. En ſecond lieu, il donne des raiſons phyſiques de l’effet agréable de cette proportion ſur l’organe de la vûe. Ces raiſons ſont, que toutes les ſenſations ſe font de même ſur les organes, & que ce qui plaît à l’oreille doit par conſéquent plaire à l’œil. Voilà une propoſition très-hardie, mais qui a beſoin d’être bien prouvée. C’eſt auſſi ce que fait M. Briſeux par le raiſonnement ſuivant. « Il eſt certain, dit-il, que l’ame étant unie à tous les organes de nos ſens, elle ne peut, ſur-tout quand ils ſont bien diſpoſés, être touchée que d’une façon uniforme par tous les objets commenſurables ; que ce qui lui plaît dans chacun de nos ſens, a toujours le même « principe, & que tout ce qui eſt oppoſé à ce principe lui répugne toujours par une ſeule & même cauſe primitive. » Ainſi quoique l’organe de la vûe ſoit affecté par des moyens différens de ceux qui ſervent à la ſenſation de l’ouie, l’ame, juge né de tous les ſens, étant avertie de l’impreſſion des objets viſibles, & de celle des ſons par les nerfs, elle juge de ces impreſſions par une loi égale & uniforme, qui devient pour elle une néceſſité indiſpenſable, & une eſpece de loi qui lui a été impoſée par la nature, qui ſous différentes formes eſt toujours la même, & ne ſe dément jamais ». (Voyez l’ouvrage ci-deſſus cité, pag. 45 & 46.) Après cela toutes les beautés muſicales doivent être les beautés viſuelles ; ce qui plaît à l’oreille, doit auſſi produire (ſi l’on en croit M. Briſeux) un effet agréable à la vue. Sans entrer dans une diſcuſſion métaphyſique là-deſſus, nous voudrions bien ſçavoir pourquoi cela n’arrive pas. C’eſt, répond M. Briſeux, « que la Muſique entre dans l’éducation, & par conſéquent le ſens de l’ouie prend peu à peu l’uſage de ſentir la douceur & la juſteſſe des harmonies » (page 48.). « L’Architecture, dit-il plus loin (page 49.) n’a pas le même avantage. Peu de perſonnes s’y exercent, & les édifices conſtruits ſuivant les proportions, ſont ſi rares, que l’œil manque preſque toujours des moyens néceſſaires pour ſe former à diſtinguer le beau de ce qui ne l’eſt pas ». Cela veut dire qu’on ne nous forme pas la vûe comme l’oreille, & que malheureuſement nous n’avons point de Maître de vûe, comme nous-avons de Maître de Muſique. C’eſt une choſe qui, quoique tout à fait neuve, n’eſt pas cependant tout à fait dépourvue de fondement. Pourquoi en effet ne pas apprendre à voir comme à entendre ? pourquoi ne pas format la vûe comme l’oreille ? Encore une fois, abandonnons cette diſcuſſion métaphyſique qui nous meneroit bien loin de notre ſujet, & revenons au principe de M. Briſeux, qui eſt, que l’ame étant unie à l’organe de nos ſens, elle ne peut être touchée que d’une façon uniforme : d’où il ſuit, ſelon cet Auteur, que ce qui affecte agréablement l’oreille doit plaire aux yeux. Nous-ne voulons pas diſputer ici avec cet habile Architecte ; mais nous oſons lui demander pourquoi toutes les ſenſations, tous les plaiſirs ne ſont point les mêmes, puiſque l’ame ne peut être touchée que d’une façon uniforme ? En ſecond lieu, nous croyons impoſſible qu’il puiſſe y avoir une analogie entre les impreſſions qui ſe font ſur l’organe de la vue, & celles qui ſe font ſur l’organe de l’ouie ; le premier étant compoſé de fibres flexibles, molles, humides,