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EN PRISON À BERLIN

étions surpris de constater que dans cette tourmente diplomatique qui allait s’accentuant d’heure en heure, l’énorme capitale conservait un calme remarquable. On discutait bien dans les cafés, sur les grands boulevards, dans les omnibus, mais non pas avec cette agitation fébrile, cette verbosité, ce mélange de blague, d’enthousiasme, d’emballement et de contradiction que l’on a l’habitude d’observer chez un public parisien.

Lorsque, au débotter, j’essayai d’envoyer une dépêche en Belgique, on me répondit que les lignes télégraphiques étaient déjà entièrement et exclusivement à la disposition des autorités militaires, et que ma dépêche pourrait bien être retardée de vingt-quatre heures.

Le jour de mon départ de Paris pour Anvers, j’étais allé rendre visite à l’hon. M. Roy, à qui je posai la question — « Que pensez-vous de la situation diplomatique ? » L’éminent représentant du Canada me fit part de sa grande anxiété et de ses réelles appréhensions. Il me sembla plutôt pessimiste, redoutant une guerre entre l’Allemagne et la France.

Le 30 juillet, à midi, nous prenions, ma femme et moi, le rapide Paris-Amsterdam à destination d’Anvers, et nous traversions ce territoire de France et de Belgique qui à peine deux mois plus tard était le théâtre des horreurs de la guerre. Nous étions alors loin de penser que ces cités, véritables fourmilières